L'Aurore de Camille Claudel
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L'Aurore
(1900-1908)

Si la filiation paraît évidente, de La Petite Châtelaine, et notamment de la dernière version aujourd'hui au musée de Roubaix (cf. n° 35.9), au buste de L'Aurore, il semble difficile d'adhérer à la datation qu'en dé­duisent Reine-Marie Paris et Arnaud de La Chapelle. L'œuvre, par son aspect très décoratif, pour ne pas dire suave pour le marbre, est en effet très exemplaire de l'évolution du style de Camille Claudel après 1897. Nous sommes bien loin ici du portrait réaliste de 1893 et de la tension dramatique du buste de 1896, même si demeure le regard porté en hauteur. Il semble donc raisonnable de s'en tenir à une exé­cution, certes née de l'expérience de l'Islette, mais en tout état de cause postérieure à 1898. L'œuvre n'est d'ailleurs pas évoquée dans l'article pourtant très complet de Mathias Morhardt. Le marbre, proche des effets du petit Persée de la collection Peytel (cf. n° 54.4) est, lui, assurément postérieur à 1900. Eugène Blot, dans sa lettre à Morhardt, en 1935, dit avoir « acheté [le plâtre d'Aurore] à la vente du peintre Thaulow qui admirait beaucoup Claudel ». A la vente de l'artiste norvégien, les lrr et 6 mai 1907, figurait effectivement un Buste de fillette, portant le n° 174 et acquis 930 F par Blot. Il peut certes s'agir du plâtre d'Aurore ayant servi à l'édition de 1908 mais aussi d'un marbre de La Petite Châtelaine, celui de la collection Marcel, acquis chez Blot (cf. n° 35.6), voire du marbre d'Aurore qui serait alors le «Buste de fillette, marbre original» que Blot exposait dans sa galerie en 1907-1908. Il est aujourd'hui difficile de trancher.
Nous ne savons pas non plus dater la lettre à Paul Claudel dans laquelle l'artiste dit qu'elle a gagé le buste : «Je désirerais bientôt avoir la reconnaissance de L'Aurore, comme ce n'est que quinze francs, je la retirerai le mois prochain et je vais essayer de la vendre. Renvoie-la moi le plus tôt possible» et dans laquelle elle évoque un curieux problème avec Rodin : « Il s'est permis l'autre année d'exposer en Italie une Aurore qui n'était pas de moi et à qui il a fait donner une médaille d'or pour pousser l'ironie jusqu'au bout. »


[1] Lettre d'Eugène Blot à Mathias Morhardt, 21 octobre 1935; Paris, archives du musée Rodin.
[2] Source : Paris, musée d'Orsay, archives du département des Sculptures (dossier «C. Claudel»).
[3] Lettre de Camille Claudel à Paul Claudel (s.d.); Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Paul Claudel.

 

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