Femme accroupie de Camille Claudel

Femme accroupie de Camille Claudel
© ADAGP

Femme accroupie et Torse de femme accroupie
(v. 1884-1885)

Le Torse de femme accroupie inaugure une importante série d'études plus ou moins élaborées, que Camille Claudel exécuta tout au long de sa carrière. Grâce à la découverte de Ioana Beldiman, nous connaissons aujourd'hui un exemplaire en plâtre patiné de la statuette originale, décrite avec précision par Mathias Morhardt dans son intégrité avant les mutilations suscitant une seconde version , tels les deux bronzes conservés dans la famille de l'artiste.
Il est difficile de dater avec précision les amputations que l'artiste inflige à l'oeuvre originale. Elles ont vraisemblablement été décidées au moment de la fonte qui semble postérieure à 1898 puis que Morhardt ne décrit que la pièce entière et ne fait aucune référence à la version retaillée qui apparaît cependant en 1913, dans l'iconographie de l'article de Paul Claudel. C'est donc entre ces deux dates qu'il convient de situer la fonte du torse mutilé, réalisée à partir d'un plâtre qui est peut-être celui mentionné dans le Catalogue de l'exposition du Musée Rodin de 1951 et qui aurait, alors, fait partie de la collection Berthelot. Reine Marie Paris et Arnaud de La Chapelle pensent cependant à une erreur de catalogage et supposent que l'oeuvre exposée était en fait un bronze. Il est difficile de statuer sur ce point.Il est également difficile de savoir si le plâtre de la collection roumaine dont l'historique est peu précis mais qui fut vraisemblablement acquis par Alexandru Slatineanu (1873-1939) de l'artiste elle-même, est une pièce unique ou un exemplaire d'une série patinée et retravaillée par Camille Claudel. On connaît de tels ensembles, notamment pour La Valse et La Petite Châtelaine.
En tout état de cause, Camille Claudel parait n'avoir souhaité de pérennité que pour la version mutilée puisqu'il semble qu'elle ait seule bénéficié d'une fonte originale. En effet, le bronze de Bucarest est très pertinemment considéré par Iona Beldiman comme une fonte posthume réalisée à la demande du collectionneur du plâtre original. L'Homme penché , presque son contemporain et très proche dans la torsion romantique du personnage, ne fut pas non plus donné à la fonte[1]. En fait, le Torse de femme accroupie devait avoir une certaine importance pour l'artiste et il parait vraisemblable que les modifications furent apportées volontairement par Camille Claudel au plâtre décrit avec enthousiasme par M. Morhardt, qui parle d'un « admirable morceau de nu »[2] et écrit que « l'oeuvre toute entière est étudiée avec ce souci de la perfection qui est si particulier à Mademoiselle Camille Claudel. »[3]

En amputant le plâtre original, Camille Claudel transcende ce qui n'était qu'une étude et la transforme en oeuvre définitive. Le Torse de femme accroupie n'est plus un simple croquis, une anatomie, mais une interprétation expressive du nu féminin qu'il est aisé de rapprocher d'un certain nombre d'oeuvres d'Auguste Rodin. Pour exemple, il n'est que de citer la Femme accroupie[4] de Rodin dont Camille Claudel possédait un exemplaire qui fut exposé en 1896 à Genève[5]. Dés lors, plus on reculerait dans la chronologie de l'oeuvre de Camille Claudel le travail de mutilation sur l'étude initiale, plus on serait tenté de relier cette transformation au processus de singularisation qui parait obséder l'artiste après 1895 et qui s'impose tout naturellement pour des modèles repris de modelages déjà anciens comme le David et Goliath de 1876-1877 dans lequel on peut deviner le groupe du Persée officialisé par l'artiste à la fin des années 1890.

 
[1] Les bronzes Delval sont en effet largement posthumes, postérieurs à 1984.
[2] M. Morhardt, art.cit., p. 722.
[3] Ibid.p. 723.
[4] Paris, Musée Rodin, S. 1156. B. Champigneulle, op. cit., p. 137, repr.
[5] Catalogue de l'exposition au Musée Rath d'oeuvres de MM. Puvis de Chavannes, Auguste Rodin, Eugène Carrière, Genève, 1896, n°106.

 

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