Giganti  de Camille Claudel
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Giganti ou Tête de brigand
ou Homme de peine
(1885)

Parlant de l'envoi de Camille Claudel au Salon des artistes français de 1885, Théodore Véron écrit : «Tête d'homme de peine aux grands traits et qui pourtant ne manque pas d'un sentiment élevé malgré sa large bouche, son nez épaté et ses cheveux épais tombant sur son front fuyant. Cette étude ne manque pas d'un certain caractère1.» Etudiant le bronze du musée des Beaux-Arts de Lille, Annie Scottez évoque un «personnage, certainement célèbre en son temps pour ses frasques, avant de tomber dans l'oubli actuel2». En effet le sujet exact de ce buste et surtout son nom donné par Camille Claudel dans une carte à Rodin écrite depuis le 113, bd d'Italie (1892?) nous sont restés longtemps inconnus. Depuis l'exposition Rodin et ses modèles 3, nous savons que Giganti était un modèle vivant rue du Château et qui fut également utilisé par Rodin et Jessie Lipscomb. La sculptrice anglaise présentera d'ailleurs à la Royal Academy de 1887 un Giganti en bronze moins romantique que celui de Camille Claudel4.
Ce goût des traits accentués, ce souci d'expression d'un type physique déjà amorcé dans La Vieille Hélène se prolonge naturellement dans ce buste d'un naturalisme expressif. Aujourd'hui nous connaissons des exemplaires du Giganti donnés par le baron Alphonse de Rothschild au musée des Beaux-Arts de Lille, au musée Thomas-Henry de Cherbourg, et au musée des Beaux-Arts de Reims. Une version, cou­pée au niveau du cou, appartient à la Kunsthalle de Brème et porte la signature de Rodin. En 1985, à Berne, fut exposé l'exemplaire d'une collection par­ticulière. Peut-être en existe-t-il d'autres. En 1902, Blot en présente un que Camille Claudel vante au capitaine Tissier : «Je vous conseille d'aller voir chez Blot [...] ma Tête de brigand bronze admirablement réussi avec cheveux tout au jour que vous pourrez apprécier vous qui êtes maintenant au courant de la fonte 5. » Cette mention n'induit pas l'existence d'une fonte Blot qui n'est attestée par aucun document précis et par aucun exemplaire connu. Elle peut néanmoins laisser croire à une version différente par la coiffure qui serait traitée «tout au jour». Cette hypothèse proposée par Reine-Marie Paris et Arnaud de La Chapelle reste à prouver. On peut retenir pour la traduction en bronze la date limite de 1892, année de l'entrée d'un exemplaire Rothschild au musée de Lille. Mais nous ne savons pas s'il y eut plusieurs éditions de ce buste. Il est en outre difficile de savoir si le Giganti que l'artiste expose à Tours, à une date que nous ne connaissons pas, est un bronze6.
Nous maintenons le rapprochement avec la petite esquisse en plâtre (cf. n° 19.1) que conserve la famille de l'artiste et que Reine-Marie Paris et Arnaud de La Chapelle ont très justement rapprochée de
L'Avarice et la Luxure de la Porte de F Enfer de Rodin. à cette époque les deux artistes travaillent en sym­biose et cette étude semble avoir connu deux abou­tissements, dont le fier visage de Giganti.


[1] Th. Véron, Dictionnaire Véron, Paris, 1885.
[2] A. Scottez, 1982, p. 156.
[3] Paris, musée Rodin, 24 avril-3 juin 1990.
[4] O. Ayral-Clausc, 1997, p. 25, repr.
[5] Lettre de Camille Claudel à Louis Tissier, 16 mars 1902, citée in L'Âge mûr, 1988, p. 79-80.
[6] Lettre de Camille Claudel à Auguste Rodin (s.d.) ; Paris, archives du musée Rodin : «Si vous n'avez pas reçu le buste de Giganti exposé à Tours, prière de le réclamer car il est impossible de les décider à le renvoyer.»

 

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