L'hamadryade de Camille Claudel
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L'Hamadryade
ou Jeune Fille aux nénuphars
(1895-1897)

Première sculpture exprimant le retour au style et à la tradition qu'opère Camille Claudel vers 1897-1898, Hamadryade est une œuvre singulière dans la carrière de l'artiste. Si ce buste est effectivement une sorte de version féminine du Persée en marbre dont il évoque la grâce décorative, il est surtout très proche de la production courante Art nouveau alliant le corps de la femme à des éléments végétaux. De nom­breux bustes seront à cette époque réalisés et édités avec ce mélange de sujets mythologiques et de déco-ratisme modem style.
D'abord présentée chez Samuel Bing en septembre-octobre 1897, la Jeune fille aux nénuphars fut exposée l'année suivante à la Société nationale où Camille Claudel dut faire intervenir Auguste Rodin et Mathias Morhardt pour que ce buste «très fragile [...] fut protégé contre la foule et les doigts des passants [...] [dans] un coin idéal où il serait en même temps vu et inaccessible1 ». En 1900 encore, Hamadryade faisait partie de l'envoi de l'artiste à l'Exposition décennale. Pour Morhardt, la. Jeune fille aux nénuphars est, en 1898, l'œuvre «la plus parfaite que la grande artiste ait encore signée de son nom [et] résume superbement ses glorieuses qualités [...]. C'est un morceau de vie arraché à la stérilité de la matière [...]. Les reliefs ronds et dorés par la patine suscitent l'idée de ces bustes de princes de la Renaissance italienne où le luxe de l'ensemble s'unit à l'opulence des détails2». Gustave Geffroy témoigne du même enthousiasme : « A la Société nationale des beaux-arts, le buste Hamadryade, de Mlle Claudel, donne une extraordinaire impression de vie nerveuse auprès de tous ces marbres polis, usés, alanguis, qui semblent exécutés par le même praticien. Cette fois une fièvre, une volonté d'artiste se manifestent, les plans du visage, du col, des épaules, de la gorge, portent une marque personnelle imposée à ce beau marbre qui semble doré de soleil. Cette chaleur ambrée convient à la libre fille sculptée par Mlle Claudel. Le visage, d'une expression sauvage, est tout illuminé d'un rire ingénu, naturel. La vivante apparition est bien nommée hamadryade, elle apporte ici avec elle l'humeur joyeuse et farouche des forêts. »
La datation que nous proposons pour cette pièce tient compte d'une lettre de Camille Claudel à Octave Mirbeau : «Monsieur Mirbeau, je viens de porter chez Bing pour l'exposer un buste en marbre auquel je travaille depuis deux ans. S'il ne vous était pas trop désagréable d'aller le voir et de me trans­mettre votre appréciation et celle de M. Rodin vous me feriez grand plaisir. » Hamadryade paraissant être le seul buste en marbre exposé par Camille Claudel chez Samuel Bing, il semble possible de dater la genèse de l'œuvre deux ans avant l'exposition au Salon du marbre achevé, c'est-à-dire de 1895. Il est à noter que ce buste a sans doute été exposé chez Bing sans l'étole et le pied de bronze et que c'est à la demande de Maurice Fenaille, qui l'avait acquis en 1897, que Camille Claudel ajouta ces éléments en 1898 comme le laisse penser un reçu de celle-ci à Fenaille : «Reçu de M. Fenaille 800 F pour le pied en bronze de mon buste Hamadryade [...].» Les petites têtes en plâtres, aujourd'hui en collec­tions particulières, diffèrent par des nuances portant sur la dentition, la chevelure, plus ou moins dessi­nées et sur l'existence pour l'une d'entre elles (n° 50.2) d'un socle solidaire du cou. Ces plâtres, ainsi que celui pour l'édition Blot, furent sans doute modelés vers 1895 et rappellent avec une certaine évidence les études d'après nature telles Les Causeuses ou La Vague. Elles ont parfois été inti­tulées Tête d'enfant ou Tête déjeune garçon mais la com­paraison avec le buste achevé l'Hamadryade force le rapprochement.


[1] Lettre de Mathias Morhardt à Auguste Rodin (6 avril 1898); Paris, archives du musée Rodin.
[2] M. Morhardt, 1898, p. 753-754.[3] G. Geffroy, 1900, p. 349.
[4] Lettre de Camille Claudel à Octave Mirbeau (s.d. [1897]); Institut néerlandais, fonds Custodia.
[5] Reçu de Camille Claudel à Maurice Fenaille (25 mars 1898); Bibliothèque nationale de France

 

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