Buste de jeune-fille de Camille Claudel
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Buste de jeune-fille
ou Buste de Louise Claudel (de Massary)
(1886)

La série des portraits de proches se prolonge en 1886 avec ce buste de la sœur cadette de Camille Claudel. Louise, qui épousa Ferdinand de Massary en 1888 (cf. n° 27), ne fut représentée que deux fois par l'ar­tiste, dans ce buste attachant et dans un portrait au pastel (cf. n° 94) légèrement postérieur. Il semble, en fait, que les rapports entre les deux sœurs n'aient pas connu la même puissance que les relations unis­sant Paul et Camille et cette hiérarchie affective explique sans doute en partie les différences notables dans le souci esthétique apporté par le sculpteur aux deux bustes presque contemporains de Paul et de Louise. Ainsi, Paul Leroi trouve le buste de Louise «très bien établi, d'un modelé énergique, d'une facture assez personnelle, quoique moins empreint de caractère que certaines autres œuvres qui lui font grand honneur, par exemple le très remarquable buste déjeune homme — c'est le propre frère de l'ar­tiste — qu'elle a modelé avec infiniment de talent1 ». Le buste de jeune homme correspond très vraisem­blablement à Mon frère, œuvre exposée en 1887 (cf. n° 13) et la hiérarchie proposée par le critique entre les deux portraits souligne l'originalité du second par rapport à celui de Louise qui, comme le souligne Mathias Morhardt, «devient quelque chose comme une de ces délicieuses estampes du siècle dernier2».
Cette référence au XVIIIe siècle exprime bien le charme de l'œuvre effectivement proche de l'art de Houdon par exemple, notamment dans la terre cuite d'une exécution très fine et veloutée, avec la men­tion très discrète d'un col ou d'un fichu et qui n'est pas non plus sans rappeler les portraits de commande d'un Carrier Belleuse. Ce souci de l'historicisation du personnage trahit les mêmes préoccupations affectives de l'artiste qui exprimait le caractère de Paul en le travestissant en un romantique jeune Romain et qui traduit la personnalité de Louise en la repré­sentant en jeune fille de l'Ancien Régime. Exposé aux Artistes français en 1886, le bronze du musée de Clermont-Ferrand fut vraisemblablement exécuté d'après le plâtre vu par Mathias Morhardt dans la collection du marchand Bing en 1898. La terre cuite du musée de Lille est plus difficile à dater précisément mais paraît contemporaine de l'édition en bronze. Il reste à dater et à identifier l'exemplaire qui apparaît dans une photographie ancienne de l'atelier que Camille Claudel partagea avec Jessie Lipscomb3 et qui paraît être un plâtre teinté ou un bronze. Cette version peut être celle acquise par la baronne de Rothschild puisque la photographie a été prise avant décembre 1887.
La découverte récente d'une version aux yeux clos situe parfaitement cette œuvre dans l'esprit du Psaume (cf. n° 31) et Jeune femme aux yeux clos (cf. n° 15). C'est sans doute ce buste que Rodin évoque dans une lettre à Jessie Lipscomb en 1886 : «Il [Léon Gauchez] a demandé aussi que la tête aux yeux fermés ait de la draperie [...].» La terre cuite du musée de Lille, offerte par Gauchez, serait donc la version avec draperie qui la singularise du bronze de Clermont-Ferrand, coupé au niveau du cou.

[1] P. Leroi, 1886, p. 65-66.
[2] M. Morhardt, 1898, p. 723.
[3] Cf. partie gauche de la fig. 14 in A. Rivière, 1984, p. 18.
[4] Lettre d'Auguste Rodin à Jessie Lipscomb (29 ou 30 mai 1886) ; coll. Robert Elborne.

 

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