Buste de Léon Lhermitte de Camille Claudel
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Buste de Léon Lhermitte
(1889)

Le Buste de Léon Lhermitte fut commencé en 1889. Camille Claudel l'évoque en effet dans une lettre à son amie Florence Jeans : «Je suis en train de faire le buste de Lhermitte (peintre) peut-être le mettrai-je au Salon1.» En 1892, le buste ne semble pas ter­miné quand Rodin le mentionne dans une lettre au Courrier de l'Aisne : « Lhermitte un artiste emèrite du département vient de lui commander aussi un buste2.» En 1893, dans une lettre à Paul Claudel, l'artiste écrit qu'elle espère pouvoir présenter au Salon de 1894 «le buste de Lhermitte avec une dra­perie qui vole3». Curieusement, cette image de la draperie flottante annonce le Buste de Lhermitte que Raoul Verlet réalisa en 1910 et qui se trouve aujour­d'hui au musée de Belfort. L'œuvre ne fut finale­ment exposée qu'en 1895 à la Société nationale et dans une version beaucoup plus simple que ce qu'au­gurait la lettre. Le buste que nous connaissons, assez peu original, proche du Buste de Ferdinand de Massary, ne possède pas, en effet, de «draperie qui vole» et ressemble plus à une œuvre de commande qu'à un portrait de proche. Camille Claudel connaissait pour­tant parfaitement son modèle. Léon Lhermitte (1844-1925) était un peintre fort en vogue à la fin du XIXe siècle, auteur de compositions d'un réalisme sensible essentiellement consacrées à des évocations du monde paysan. Nous ne savons pas exactement dans quelles conditions le peintre et Camille Claudel se rencontrèrent, sans doute grâce à Rodin qui connaissait bien l'auteur de La Paie des moissonneurs. En 1886, Paul Leroi publiait des dessins de Camille Claudel, parmi lesquels figuraient les Femmes de Gêrardmer évoquant l'art et le style de Lhermitte et l'auteur de l'article notait alors que le peintre goûtait fort les croquis de la jeune femme4. En 1889, les rapports d'amitié entre les deux artistes sont assurés par la présence, aux Artistes français, du Buste de Charles Lhermitte, jeune fils du peintre, portrait offert, selon la tradition, par Camille Claudel au père du modèle. En 1899, enfin, Léon Lhermitte réap­paraît dans la vie de Camille Claudel. Le peintre, qui avait été témoin au mariage de Louis Tissier, conduit le jeune officier dans les allées de la Société natio­nale et le présente à Camille Claudel. Louis Tissier qui, dans un premier temps, commanda la première fonte de L'Implorante devint en 1902 le premier com­manditaire du bronze de L'Age mûr, réparant ainsi les légèretés de l'État.
On ne sait pas à quoi correspond le «buste de Lhermitte en bronze » que l'artiste évoque dans une lettre à Mathias Morhardt au sujet de l'envoi qu'elle envisage au Salon de 1896. Elle pense l'exposer s'il est «bien» et si Lhermitte lui permet de le présen­ter5. Il est invraisemblable que Camille Claudel ait envisagé de présenter au Salon la même œuvre deux années de suite. De plus, quand elle écrit à Morhardt, la fonte ne paraît pas encore faite. Or, en 1895, c'est un bronze qui a déjà été exposé. Cette œuvre dont nous ne savons rien ne peut donc être confondue avec le Buste de Léon Lhermitte que nous connaissons. Faut-il y deviner la statuette Le Peintre (cf. n° 46) dans laquelle Jean Cassar et André Tissier retrouvaient la figure de Léon Lhermitte ?


[1] Lettre de Camille Claudel à Florence Jeans ; cachet postal de Paris, 24 février 1889; Paris, archives du musée Rodin.
[2] Lettre d'Auguste Rodin au Courrier de l'Aisne (19 mai 1892) ; coll. part., citée in R.-M. Paris-A. de La Chapelle, 1990, p. 252.
[3] Lettre de Camille à Paul Claudel (s.d. [1893]); Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Paul Claudel.
[4] P. Leroi, 1886, p. 66.
[5] Lettre de Camille Claudel à Mathias Morhardt (s.d. [avril 1896]) ; citée in R.-M. Paris-A. de La Chapelle, 1990, p. 257.

 

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