La Prière, ou Le Psaume ou L'Inspirée de Camille Claudel

La Prière, ou Le Psaume ou L'Inspirée de Camille Claudel
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La Prière, ou Le Psaume ou L'Inspirée
(1889)

En 1890, Auguste Rodin écrit à Octave Maus, le secrétaire du groupe d'artistes belges, les XX, pour faire inviter son élève à leur exposition de Bruxelles : «Je désirerais que vous vouliez bien inviter mon élève Mlle Camille Claudel qui a du talent et qui a eu un groupe à l'exposition qui a fait sensation il y a deux ans. Si les règlements le peuvent cela me ferait plaisir1.» Camille Claudel ne sera invitée que quatre ans plus tard à ce qui était devenu le Salon de La Libre Esthétique. Elle y présente plusieurs œuvres parmi lesquelles Le Psaume qu'elle intitule, dans une lettre à son frère «le Buste à capuchon». En 1898, Mathias Morhardt donne la description d'un buste qu'il intitule La Prière : «Une étude de femme [...]. La tête aux yeux clos est renversée en arrière. Elle est dans une sorte d'extase qui n'est ni excessive ni vulgaire. Sa coiffure tourangelle est dominée par un peigne en forme d'éventail ouvert. » En associant les données inscrites dans l'intitulé «Buste à capuchon» et dans la description de Morhardt à un examen du buste conservé aujour­d'hui par le musée d'Abbeville, les trois titres sem­blent correspondre à une seule œuvre. Un point reste cependant obscur. Selon la docu­mentation du musée d'Abbeville, le buste fut offert par Alphonse de Rothschild en 1893, c'est-à-dire un an avant l'exposition de Bruxelles. Or, en 1894, Camille Claudel écrivait à Octave Maus : «J'ai reçu aujourd'hui étant en villégiature dans le département de l'Aisne la somme de 300 francs que vous m'en­voyez comme paiement de mon buste Le Psaume**. » Cette lettre prouverait alors l'existence d'une seconde épreuve. Morhardt croyait se souvenir que le buste avait été acquis par la baronne Nathaniel de Rothschild au Salon des Champs-Elysées en 1889, puis offert par elle au musée de Lille. L'œuvre en fait n'apparaît ni dans le livret au Salon de 1889, ni dans la presse. Si réellement Le Psaume avait été présenté aux Artistes français, Paul Leroi, par exemple, n'eût pas manqué d'en faire état. Il semble plutôt que l'œuvre fut acquise par un membre de la famille Rothschild, sans doute le baron Alphonse, à Bruxelles en 1894 et ultérieurement offerte au musée d'Abbeville et non de Lille auquel il donne un Giganti en 1892 (cf. n° 19.3). Le Psaume conservé aujourd'hui par le musée Boucher-de-Perthes est certainement l'exemplaire, unique, qui fut exposé à La Libre Esthétique et que le critique de L'Art moderne trouvait «expressif et charmant^». La datation proposée par Morhardt est cependant fort vraisemblable car Le Psaume semble, par bien des détails, antérieur à la Jeanne enfant de 1894 qu'il annonce. Tête d'expression plus qu'allégorie, Le Psaume, pour Morhardt, évoque «la Prière tendre, humaine, vivante, sincère, la simple et vraie Prière, telle que les maîtres du XVIe siècle nous l'ont montrée».


[1] Lettre de Rodin à Octave Maus (1890); musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, archives de l'Art contemporain en Belgique, Inv. 5349, citée in M. Hanotelle, 1982, p. 96.
[2] Lettre de Camille Claudel à Paul Claudel (s.d. [1893]); Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Paul Claudel.
[3] M. Morhardt, 1898, p. 728-729.
[4] Lettre de Camille Claudel à Octave Maus (1894); Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, archives de l'Art contemporain en Belgique, Inv. 6824, citée in M. Hanotelle, 1982, p. 96.
[5] Anonyme, in L'Art moderne, 1er avril 1894.
[6] M. Morhardt, 1898, p. 729

 

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