Profonde pensée de Camille Claudel
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Profonde pensée ou Femme agenouillée devant une
cheminée ou Intimité ou La bûche de Noël
(1898-1905)

Cette oeuvre fait partie des croquis d'après nature qui sont la signature de Camille Claudel à partir des Causeuses. C'est ainsi que G. Geffroy la comprend : « un croquis d'après nature [...] fait retrouver un autre aspect du talent varié et profond de l'artiste : c'est une femme agenouillée devant une cheminée, le visage penché vers l'âtre, une délicieuse figurine, rapidement ébauchée, délicieuse et poignante »[1]. Par la position donnée au personnage, cette première Cheminée possède cependant une certaine ambition allégorique qu'il sera plus difficile de retrouver dans le second groupe, intitulé Rêve au coin du feu, beaucoup plus anecdotique et dans lequel la jeune femme est représentée assise. Cette impression est peut-être expliquée dans le titre Bûche de Noël que l'artiste donne à la Profonde pensée dans une lettre à Karl Boës[2] que citent R.-M. Paris et A. de La Chapelle en rapprochant cette coutume d'un vers de Tête d'or de Paul Claudel. Le groupe en marbre développe des volumes souples aux formes arrondies, proches du faire quelque peu savonneux du petit Persée de la collection Peytel et d'Aurore, c'est-à-dire d'un symbolisme décoratif mâtiné d'Art Nouveau.
Nous connaissons trois versions successives de Profonde pensée. Mathias Morhardt, dans une lettre à Rodin, indique que le bronze envoyé à la Société Nationale en 1898 appartient à Peytel[3]. On peut difficilement le confondre avec le chef-modèle sans cheminée acquis récemment par le musée de Poitiers, en même temps que le marbre Peytel qui a donc également rejoint le fonds Claudel du musée de Poitiers. Le marbre, retrouvé par Danièle Ghanassia en 1995, assurément chez Peytel en 1900, fut présenté en 1900 à l'Exposition Universelle. En 1905, Eugène Blot achète les droits du groupe et l'artiste écrit alors à Gustave Geffroy : « Je viens de voir Blot, nous avons conclu un petit marché [...]. Il m'a acheté La Fortune et La Pensée »[4]. Pour son édition, nous ne savons pas si Blot utilisa le plâtre (ou la terre ?) original, un autre modelage ou le bronze de 1898 dont nous n'avons ni reproduction ni description précise. Les deux exemplaires aujourd'hui localisés de cette édition associent au sujet en bronze une cheminée en pierre (onyx ou marbre). Il est vraisemblable que tous les exemplaires sont ainsi conçus, devenant veilleuse avec une lampe placée dans l'âtre et, de ce fait, plus objet d'art que sculpture. Sévère pour le groupe et le procédé, mais compréhensif pour l'artiste, Paul Claudel écrit : « Il faut vivre ! »[5].
Une troisième Cheminée fut proposée par Camille Claudel à Eugène Blot : « Une petite cheminée de plus ou de moins ne vous engagera à rien (jamais deux sans trois), vous aurez ma petite frileuse couchée en travers du feu pour la modique somme de cent francs et je vous la finirai à mon goût, ce sera la plus belle pour une veilleuse »[6]. Il ne semble pas que cette troisième version ait vu le jour.

 
[1] G. Geffroy, 1898, p. 349.
[2] Lettre de Camille Claudel à Karl Boës, s.d. [1900 ?] ; Paris, Bibliothèque Jacques Doucet, cf. R.-M. Paris-A. de La Chapelle, 1990, op. cit., p. 262.
[3] Lettre de M. Morhardt à A. Rodin , 6 IV 1898 ; Paris, Archives du Musée Rodin.
[4] Lettre de C. Claudel à G. Geffroy, (s. d. [mars 1905 ?]) ; Coll. Langlois-Berthelot. La datation de cette lettre a été rendue possible par la mention en post sciptum, du projet de Monument à Blanqui pour lequel Camille Claudel et Gustave Geffroy correspondent en mars 1905.
[5] P. Claudel, 1951, Préf. Cat., p. 12.
[6] Lettre de C. Claudel à E. Blot, s. d. [v. 1905 ?] ; Paris, Archives du Musée Rodin.

 

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