Rêve au coin du feu de Camille Claudel
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Rêve au coin du feu ou
Au coin de l'âtre ou
Femme assise devant une cheminée
ou Au coin du feu
(1899-1905)

La réalisation de deux Cheminées légèrement différentes rend difficile la datation de cette pièce et de sa soeur qu'est Profonde Pensée. Le thème, issu de la série des études d'après nature, paraît en fait avoir connu un certain succès commercial, ce qui explique sans doute ces deux versions proches et le projet que propose l'artiste à son éditeur, Eugène Blot, d'une troisième Cheminée : « Une petite cheminée de plus ou de moins ne vous engagera en rien (jamais deux sans trois), vous aurez ma petite frileuse couchée en travers du feu pour la modique somme de cent francs et je vous la finirai à mon goût, ce sera la plus belle pour une veilleuse »[1]. Il est rare de trouver, dans la statuaire, de telles scènes que les sculpteurs ont parfois réalisées pour l'édition d'objets en porcelaine ou en faïence. Si la miniaturisation de la scène évoque des oeuvres telles Les Causeuses, la réalisation très anecdotique d'Intimité exprime les modifications intervenues dans le style de l'artiste après 1897 et explique l'originalité d'un groupe qui connaît davantage d'équivalents en peinture. Si la première Cheminée avec le personnage à genoux possédait encore quelque valeur allégorique, force est de constater qu'Intimité est essentiellement illustrative, ce que confirme le réalisme des détails évoquant les nombreuses scènes de genre peintes, consacrées à des thèmes proches et contemporaines du groupe de Camille Claudel. Le critique de Psyché y devine cependant une portée symbolique : « La poésie de morceaux comme Au coin du feu est d'une exquise délicatesse : leur âme intérieure restera comme une notation précise de la douceur d'une femme moderne, et qui pense. Cette femme serrée contre sa cheminée ne semble-t-elle pas redire toutes les douleurs de celles qui doivent vivre abandonnées par un homme, et ne conservant plus que cette flamme légère de leur âme, symbolisée par le scintillement du foyer »[2]. Et Gustave Geffroy évoque « une (...) statuette Le Rêve au coin du feu, qui ne le cède en rien à la première [Profonde pensée] pour la grâce robuste, pour la magnifique expression vivante que l'artiste donne à chaque fragment qu'elle ébauche comme à chaque oeuvre qu'elle achève »[3].
Le premier marbre, commandé par la comtesse de Maigret, est daté grâce au livre de comptes de François Pompon qui en réalisa la pratique avec le concours de Musetti. L'aspect plus velouté, l'atténuation des arêtes et des détails et l'absence de dossier au siège distinguent cet exemplaire du marbre de Draguignan qui ne peut être daté avec précision. Il est évidemment antérieur à 1903, année de son entrée dans les collections du musée.
Le plâtre, présenté à l'Exposition universelle de 1900, est sans doute à l'origine du bronze que Blot édita à 65 exemplaires. C'est le plus fort tirage des éditions d'oeuvres de l'artiste. La pièce découverte par R.-M. Paris à l'occasion de l'exposition de 1993 en Extrême-Orient montre une cheminée en marbre. Pour l'heure, il est impossible de savoir si toutes les Intimité fondues pour Blot présentent cette association de matières ou si certaines furent réalisées en bronze exclusivement. On peut néanmoins penser que, comme les autres études d'après nature, ce groupe associe toujours un personnage métallique et un décor minérale.

 
[1] Lettre de Camille Claudel à Eugène Blot (s.d. [v. 1905 ?]) ; Paris, Archives du Musée Rodin.
[2] L. T., "Les expositions. Deux sculpteurs", in Psyché, avril 1906, p. 104.
[3] G. Geffroy, 1901, p. 291.

 

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