La sirène de Camille Claudel
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La Sirène ou La Joueuse de flûte
(1900-1905)

Dans une lettre à Eugène Blot, Camille Claudel pro­pose «une petite faunesse qui joue de la flûte1». Dans une autre lettre, elle lui annonce que «la Sirène est prête, vous pouvez l'envoyer chercher» et toujours en quête d'argent suggère : «Vous pourrez si le cœur vous en dit faire faire une de vos Sirènes avec un rocher en onyx vert (rappelant la mer) ; la flûte en métal brillant2. » Il semble que Blot ait envi­sagé cette version car son exemplaire personnel, vendu à Leblanc-Barbedienne en 1938, était privé de socle et de flûte (repr. ci-contre). Camille Claudel, au vu des amputations portées à son œuvre, se plaint que « la coupe de la Sirène n'a pas été bien faite ; il aurait mieux valu couper davantage sur le rocher et moins sur les fesses, elles sont rognées trop ras3 ». Cet essai d'association d'un personnage en bronze et d'un décor minéral est évidemment à inscrire dans la logique choisie par l'artiste, depuis Les Causeuses, pour ses études d'après nature. On ne saurait pour­tant nier que La Sirène est surtout proche d'œuvres plus anciennes comme La Jeune fille à la gerbe (cf. n° 25) ou La Valse (cf. n° 33) dont on retrouve ici les voiles Art nouveau. Ces ambiguïtés compliquent la data­tion et rappellent qu'après 1897 l'artiste utilise sou­vent des œuvres anciennes pour suppléer sans doute une crise d'inspiration.
L'œuvre fut exposée pour la première fois aux Artistes français en 1905 et, la même année, dans la galerie d'Eugène Blot. Le critique de Psyché est enthousiaste et rapproche l'œuvre d'un passage des Muses de Paul Claudel : «Mais cette Sirène, assise, et les genoux serrés et tout le corps lui remontant aux lèvres, où la flûte divine épanche le flot aigu des passions extra-humaines. La gorge enflée du râle des colombes, et du vent des forêts, et de la plainte des mers, la Muse : Tu n'es point celle qui chante, tu es le chant même dans le moment qui s'élabore. »


[1] Lettre de Camille Claudel à Eugène Blot (s.d.); Paris, archives du musée Rodin.
[2] Lettre de Camille Claudel à Eugène Blot (s.d.); Paris, archives du musée Rodin.
[3] Lettre de Camille Claudel à Eugène Blot (s.d.); Paris, archives du musée Rodin.
[4] L. t., 1906, p. 104-105.

 

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